La Suisse du e-commerce alimentaire: quel avenir?

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Textes: Mirko Venturi et Marco Piermartiri

L’achat en ligne de biens de consommation alimentaires séduit un nombre toujours croissant d’Européens. Le dernier rapport Eurostat sur ce sujet souligne comme, en 2015, 20% d’internautes âgés de 16 à 74 ans ont acheté de la nourriture par voie électronique. En parallèle, l’étude «Retail outlook 2016» menée par Crédit Suisse sur la même période et publiée en janvier 2016 montre que la France et le Royaume-Uni ont réalisé plus de 10% de chiffre d’affaires dans le secteur de la distribution alimentaire en ligne, contre le chiffre de 1,5% atteint en Suisse. En retard par rapport aux pays de l’Union Européenne, la Suisse identifie les facteurs-clé sur lesquels travailler pour le développement de ce marché: la digitalisation des circuits de distribution courts et l’appui sur un écosystème de start-up unique.

«Disrupter» la cuisine est possible, mais sous certaines conditions. C’est la conclusion qu’on pourrait en tirer en écoutant les mots de Freddy Zompa, fondateur de la start-up suisse Youpaq. Dans un article publié par Bilan.ch le 31 octobre, le directeur de la plateforme d’e-commerce s’est exprimé sur les habitudes des consommateurs, en expliquant que ces derniers «[…] préfèrent faire vivre les acteurs de proximité et acheter un produit de qualité, à la coupe par exemple». Selon Freddy Zompa, le système de livraison à domicile mis en place par ses concurrents LeShop Migros et Coop@home ne satisferait pas les gens, pas disponibles à réceptionner les commandes pendant les heures de travail. Pour cela, il se fixe l’objectif d’impliquer quelques 200 commerçants de proximité en 2017 et de lancer un mode de distribution où les clients pourront utiliser une monnaie virtuelle locale et retirer leurs courses dans un lieu défini.

Fidèle à la formule classique de la livraison à domicile, la plupart des start-up suisses du e-food oeuvre dans le signe de la proximité avec les producteurs et de la fraîcheur des produits distribués. Fondé par Tobias Schubert et Roman Hartmann, Farmy se définit comme «le magasin à la ferme en ligne» et se positionne parmi les e-marchands de fruits, légumes, viande, pain, produits laitiers et tout ce qu’on peut trouver au marché ou chez le paysan. Les internautes peuvent composer des paniers gourmands à coup de clics ou souscrire un abonnement avec livraison hebdomadaire des marchandises choisies. Attentive au rôle du «consomm’acteur», la société Label Bleu offre l’accès à des milliers de produits d’alimentation fabriqués par de producteurs régionaux, dont les activités sont présentées sur la plateforme de la start-up.

Sur le même principe, Karibou se qualifie comme un «hub alimentaire» qui travaille en «peer to peer», où les artisans, les fermiers et les épiciers genevois possèdent leurs e-boutiques. L’équipe de Karibou collecte le matin les commandes et les livre l’après-midi, au même prix que depuis les points de vente physiques. Happy Meat est la première e-boucherie de Suisse et s’appuie sur le concept de «crowdbutchering»: la totalité de l’animal est réservée à l’avance par les clients sous forme de paniers, avant même l’abattage de la bête. La traçabilité et la fraîcheur de la viande sont assurées, ainsi que la lutte au gaspillage alimentaire.

Or, l’éventail de possibilités offertes par les acteurs helvétiques du e-commerce alimentaire semble ne pas convaincre les consommateurs. Patricia Feubli, auteure de l’étude «Retail outlook 2016», rappelle que «la forte densité de la grande distribution suisse fait que le temps de trajet au supermarché est court et incite à se déplacer. Mais il y a surtout le comportement du consommateur. Le Suisse veut voir le produit frais et pouvoir en évaluer la qualité avant d’acheter».

Comment dépasser cette méfiance face à l’achat en ligne de ce type de biens? La réalité virtuelle ou la vidéo 360° pourraient aider les start-up à vaincre ce blocage psychologique du client en lui donnant toutes les informations sur ses courses en temps réel. La digitalisation du parcours d’achat et la possibilité de vérifier la qualité des produits pourraient devenir les clés du succès pour redresser la barre dans ce marché et développer le même chiffre d’affaires que nos voisins européens.

Crédit photo: Freepik.com 

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